LA JUMELLIÈRE

Un château et son parc au temps de la « fête impériale »

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Portrait de Jeanne Lebrun, Duchesse de Plaisance 

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Château de la Jumellière, Façade Sud

Il ne reste rien de l’ancien château de la Jumellière, implanté sur une terre angevine très ancienne transmise aux Lebascle d’Argenteuil au XVIIIe siècle, puis aux Maillé en 1806. Le château actuel a été édifié entre 1858 et 1862 par le célèbre architecte Henri Parent, pour environ 500 000 francs, ce qui représente le coût d’un petit hôtel parisien. Inauguré en 1866, il est vite agrandi vers 1874 par l’agence d’Ernest Sanson, autre architecte de renom, afin d’y aménager une salle de billard et un petit fumoir. À proximité de la nouvelle demeure subsiste un autre édifice du même nom, reconstruit en 1730 et transformé en habitation pour le régisseur au XIXe siècle. Avant partage, la totalité de la terre de la Jumellière comprenait vingt-huit métairies et s’étendait sur plus de 1300 hectares. La Jumellière, estimée 2 millions de francs en 1907, procurait un revenu annuel de 65

000 francs ; elle ne représentait toutefois qu’une partie de la fortune de Jeanne Lebrun, laquelle se montait à 16 millions de francs, avec un revenu annuel de 500 000 francs. Édifiée sous le Second Empire, marquée par le souvenir des Maillé, des princes de Wagram et des ducs de Plaisance, la Jumellière résulte de la rencontre de deux dynasties : celle des ducs de Plaisance et celle des architectes Parent. Le commanditaire du château de la Jumellière, Armand-Louis (1816-1903), comte de Maillé et quatrième duc de Plaisance, président du conseil général en 1884 et sénateur de Maine-et-Loire en 1896, avait épousé Jeanne Lebrun (1835-1920), petite-fille du duc de Plaisance. La Jumellière est portée en 1913 dans la maison de Polignac par l’alliance de Jeanne de Maillé (1889-1950) avec François-Sosthène (1887-1981), prince de Polignac. La princesse de Polignac l’a ensuite transmise à son petit-fils Pierre-Edmond, comte Fugger-Babenhausen. Gendre de Joseph-Antoine Froelicher, l’architecte adulé des légitimistes, Henri Parent recueille quant à lui la faveur du parti royaliste au point de devenir pour la postérité l’architecte du «noble faubourg»- celui de Saint-Germain - et de la plaine Monceau, grande artère du Second Empire.

Les façades de l’édifice, différentes les unes des autres, forment une composition d’ensemble harmonieuse et équilibrée, par le jeu des lignes verticales et horizontales des chaînages d’angle et des dosserets, des bandeaux et de la corniche régnante. La façade antérieure, au sud, est composée d’une partie centrale avec deux avant-corps et deux ailes. La façade postérieure, au nord, s’organise autour d’une partie centrale avec un léger avant-corps, couvert d’un demi-dôme, et deux ailes en équerre, avec une saillie à pans coupés. Les façades se distinguent par leur richesse ornementale sur de nombreux champs et supports, en particulier par le rappel de la louve des ducs de Plaisance, qui orne chaque chaînage d’angle. L’imposante toiture à pavillons, avec croupes multiples, demi-dôme, lucarnes et oculi, se caractérise par une grande exubérance. Le château de la Jumellière témoigne des usages et du mode de vie d’une société modifiée en profondeur après la Première Guerre mondiale, non seulement dans ses moeurs, mais aussi ses fortunes et ses symboles. Tout, ou presque, a été conservé de la distribution, du mobilier et des décors intérieurs, des communs situés au sous-sol jusqu’aux chambres des

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Louve des Ducs de Plaisance,
Détail de la Façade

domestiques sous les combles. Le rez-de-chaussée, en particulier, comprend un vestibule et un escalier à vis suspendue, en chêne, raccordé à une galerie, le tout surmonté par un plafond à compartiments et à ciel peint. Le décor des pièces de réception, à savoir les deux salons néo-Louis XVI et la salle-à-manger néo-Louis XIV, est composé de boiseries patinées, lambris de hauteur, plinthes peintes en faux marbre, appliques, consoles, cantonnières et doubles-rideaux en tapisserie d’Aubusson avec leur passementerie. À ces pièces s’ajoute la salle de billard, aménagée vers 1874. La salle-à-manger néo-Louis XIV et les salons néo-Louis XVI témoignent des valeurs sûres qui triomphent dès les années 1840, jusqu’à la Belle époque, précisément sous l’influence d’Henri Parent.

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Grand Escalier D'honneur 

Le vestibule présente un escalier d’une belle stéréotomie et surtout une galerie, à laquelle l’architecte recourt à plusieurs reprises, notamment pour le salon de l’hôtel parisien de Gustave Eiffel (disparu) et le jardin d’hiver de l’hôtel d’Édouard André, dont les décors sont toutefois plus ostentatoires. Et il n’est pas jusqu’au demi-dôme qui ne renvoie, à certains égards, au Palais des Tuileries lui-même, repris par Visconti et Lefuel pour la cour Napoléon du Nouveau Louvre de Napoléon III. Quant aux écuries et à la maison du jardinier, recourant à l’usage de la brique, elles évoquent la ferme-modèle picarde de Valanglart, construite par Henri Parent pour le marquis de Valanglart. L’oeuvre d’Henri Parent est implantée dans un parc de soixante hectares, planté vers 1867 et représenté avec précision sur un plan levé en 1872. Il est possible que le paysagiste Auguste Killian en soit le concepteur, tandis que le paysagiste Achille Duchêne paraît être intervenu un peu plus tard à la Jumellière. Factures et plans font état de travaux et d’un aménagement hydraulique au niveau du jardin fleuri, au nord, qui comprend deux bassins, un château d’eau, deux serres et une grange à fleurs ; à l’arrière se trouve l’ancien jardin aux primeurs, avec le pavillon du jardinier et sa cour, puis l’ancien potager clos de murs. Les écuries sont implantées au sud. Le parc, dont les entrées sont marquées par des grilles et deux conciergeries, subsiste quasiment tel qu’il a été dessiné en 1872. Le château et le parc de la Jumellière ont été inscrits au titre des monuments historiques, en totalité, par arrêté du 16 juin 2014.

Solen Peron Chargée d’études documentaires DRAC

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Les Écuries du Château